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Recherche et échange de témoignages sur une institution aujourd'hui disparue : l'Ecole Normale d'Instituteurs (ou d'Institutrices)

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SPORT MECONNU


"Le Royal Bouring"

 


Le Royal Bouring était un sport qui se pratiquait dans les dortoirs de notre E. N., dans les années 52-53-54...), certains soirs, au moment du coucher, pendant la petite demi-heure ( 20 min. ?) qui précédait l'extinction des feux.

 
Nos quatre dortoirs, un pour chaque promo, disposés en enfilade, communiquaient entre eux par de larges portes qui restaient habituellement fermées. Chaque dortoir avait sa vie propre et si un 1ere Année était amené à traverser celui, voisin, des 2ème Année, ce n'était pas sans une certaine appréhension.
 

Mais ces soirs-là...


 

Le Royal Bouring tenait à la fois du football et du rugby (la soule ?) mais se caractérisait d'abord, par une absence rigoureuse de règles. Pas d'arbitre donc. Tous les coups étaient permis. La balle, objet de toutes les convoitises, était une sorte de pelote constituée par 2 paires de chaussettes solidement nouées entre elles. Il s'agissait pour chaque équipe, d'emmener le « trophée » le plus loin possible à l'intérieur du camp adverse.

 

Les matches opposaient 2 équipes « naturelles » (1ere Année contre 2ème Année le plus souvent). On se donnait alors une bonne raison d'en découdre (l'honneur de la promo, pardi !) et les hostilités pouvaient commencer.

 

La préparation du terrain se réduisait à peu de choses : les lits constituaient des obstacles naturels qui avaient une importance stratégique non négligeable dans la progression , il serait plus juste de parler de ruée, de l'une ou l'autre équipe. Certains avaient été repoussés le long des murs pour dégager le terrain de jeu ; les autres pouvaient servir de boucliers ou d'abris naturels, dessus pour les voltigeurs, dessous pour les « rampants ». Ainsi certains lits, au gré de la mêlée, se retrouvaient parfois fort éloignés de leur emplacement habituel.

 

Le parquet de lames grossières, astiqué tous les matins1 par les « jeunes gens » de corvée, s'il contrariait les démarrages fulgurants, favorisait les glissades de toutes sortes. C'est ainsi que certains se retrouvaient tout à coup sur leur séant, victimes d'un balayage en règle, comme dans un jeu de quilles.

 

La tenue ? Le pyjama bien sûr, dont la veste était parfois délaissée au profit du seul « tricot de peau » (le « Marcel ») afin de déjouer plus aisément les tirages de toutes sortes.

 

Les joueurs évoluaient ainsi pieds nus dans de grosses chaussettes remontant le plus haut possible, en guise de protège-tibias, sur les jambes du pyjama

 

Nulle aptitude particulière n'étant requise, chacun pouvait participer et donner libre cours à son humeur du moment. Bousculades, glissades, crocs en jambes, coups tordus, plongeons sur et sous les lits étaient des figures d'école. Invectives diverses, fanfaronnades venaient égayer la partie et galvaniser nos énergies.


 
 
Parfois nos ébats étaient brutalement interrompus par une apparition qui se détachait telle un fantôme dans l'encadrement de la porte de la salle d'eau

« Tus ! Tus ! ... le Fayot ! ... »

 

Les sourcils froncés, l'oeil pétillant mais les lèvres pincées, Monsieur Gibal notre Econome contemplait d'un air sévère le champ de bataille ravagé, les impétueux guerriers cloués au sol ou figés dans l'attitude même de l'action. Le vacarme et les cris avaient fait place à un silence pesant et ... contrit.

 
 

Car, le premier moment de stupeur passé, les visages des combattants avaient retrouvé leur candeur juvénile et reflétaient une docilité hypocrite dont personne n'était dupe et qui faisait sans doute la jubilation intérieure de notre bon Monsieur Gibal...
A pas feutrés, et à reculons certains ébauchaient déjà quelques pas précautionneux vers l'emplacement supposé de leur lit.

 

Nos punitions ne furent jamais bien lourdes.


 

Comme pour d'autres sports, Le Royal Bouring eut ses Stars et il faudrait, pour être complet évoquer quelques unes de ces grandes figures qui s'illustrèrent dans ces joutes fratricides.

 

D'aucuns se souviennent sans doute du jeté de hanche redoutable d'André Maurier ou encore de la tactique dite du « bulldozer » mise au point par un certain Souche (Elie), et vulgarisée ensuite par notre joyeux Roland D'Asperjoc, dit "la Force". Mais les chevaux légers avaient aussi de farouches adeptes. Il y avait les petits fûtés, hé ! hé ! ..Ponpon ! Peter !.. les plus « sournois » hum ! hum ! n'est-ce pas Mickey ? n'est-ce pas Besson ? Nous avions aussi dans la promo 52-56 en la personne de Valéry Valette un Monsieur MUSCLE qui n'hésitait pas à user fréquemment de l'intimidation en prenant des poses avantageuses. Quant à notre vénéré Chef de classe, notre intellectuel, bouliste invétéré néanmoins, il faisait preuve les soirs de rencontre, d'une discrétion remarquable, s'attardant plus que nécessaire dans la salle d'eau. Heureusement nous avions André Rosset, notre doux géant, notre figure de proue.


 

Qu'ils étaient fous ces gars de 17 ans ! Le monde leur appartenait !


N.B. : Ces souvenirs datent, pour l'essentiel, de la saison 52-53. Je ne suis pas sûr que ce sport, pourtant « Royal », ait survécu longtemps au delà de cette période.

Jean-Louis ROCHE 2


Notes :

1- Si vous voulez savoir pourquoi et comment ce parquet était si bien astiqué, reportez vous à l'article "Galères"


2 - Jean-Louis Roche, dit "le Major", est actuellement le chef de choeur de la chorale "Nouvelles Légendes"

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