Recherche et échange de témoignages sur une institution aujourd'hui disparue : l'Ecole Normale d'Instituteurs (ou d'Institutrices)
Première rentrée
par Fernand Bourret
Quelques jours après la rentrée le baptême de notre promotion fut organisé par nos aînés : les élèves-maîtres de quatrième année.
Deux ou trois jours avant la date prévue pour le baptême un sujet de «dissertation» était proposé à chacun d'entre nous par un quatrième année et nous devions préparer notre copie (Deux pages étaient vivement conseillées).
Le jour du baptême, après le repas du soir, les normaliens de toutes les promotions, les pions et parfois des professeurs, se réunissaient dans la salle du foyer : Les Quatrième Année étaient debout, en costume de ville, les Troisème et Deuxième Année, en blouse grise, assis autour de la salle et les «Bleus» assis en tailleur, sur le plancher. Quelques anciens se chargeaient d'animer la soirée et, chacun à notre tour, nous devions lire notre copie, en mimant éventuellement certains passages, sous les lazzis et les quolibets des autres promotions. Moment difficile pour le «baptisé», qui n'était pas très à son aise devant cet auditoire, pour développer un sujet peu «académique» (voir ci-dessous). Il pouvait aussi nous être demandé de chanter, sur l'air de «La Marseillaise» ou d'une chanson connue, un texte quelconque. (1)
A l?issue de cette épreuve orale, les «anciens» nous faisaient descendre dans la cour et nous regroupaient devant notre salle de classe, sous les fenêtres du bloc sanitaire des Quatrième Année, détail qui a son importance, et ils nous demandaient de chanter un air a priori connu de tous, «Coupo santo», dont voici le premier couplet et le refrain :
Prouvençau, veici la coupo
Que nous vèn di Catalan
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plant.
Coupo Santo
E versanto,
Vuejo à plen bord
Vuejo abord
Lis estrambord
E l'enavans di fort !
Cliquez pour écouter...
Au moment où nous chantions « E versanto », par la fenêtre du 1er étage, nos chers aînés déversaient sur le choeur, et de bon coeur, une pleine bassine d'eau: le baptême était consacré.
« Cette soirée, au cours de la 1ère semaine, était finalement assez sympa mais, pour les gamins que nous étions encore, et surtout après «une certaine mise en condition psychologique» allant crescendo dans la journée, on n'en ramenait pas large le soir, dans la salle du foyer » Roland MALLEVAL.(Promotion 1955-59)
Voici une liste non exhaustive de sujets, qui ne variaient pas beaucoup d'une année à l'autre, sur lesquels nous avions à disserter lors du baptême de la promotion :
(1) "Le nouveau doit faire un autre type d'expérience. La virilité ne s'éprouve pas seulement à travers l'exhibition ambiguë de postures du corps mais aussi dans de subtils jeux de langue où doit s'exprimer la maîtrise du double sens. Le défi relevé est alors, sous la forme de la déclamation ou de la dissertation, celui de la capacité à proférer la plus grande obscénité possible à travers la plus scrupuleuse des rhétoriques scolaires. Ce numéro-là a aussi ses spécialistes souvent sollicités."
Dominique BLANC, NUMEROS D'HOMMES Rituels d'entrée à l'école normale d'instituteurs