Recherche et échange de témoignages sur une institution aujourd'hui disparue : l'Ecole Normale d'Instituteurs (ou d'Institutrices)
Fernand Bourret (1940-2016)
A l'ami qui s'en va...
En novembre dernier, on saluait à Paris, la mémoire du philosophe André Glucksmann et le Docteur Kouchner a prononcé cette phrase : « A force d'aimer un homme, on le croit immortel ». Nous sommes nombreux à avoir cru Fernand Bourret immortel. Comment réaliser que cet homme prévenant entre tous, soucieux du bonheur d'autrui ait, en si peu de mois, échappé à la vigilance des siens alors qu'il avait encore tout à dire, tant à faire, à observer, à archiver, à témoigner au sens où il exerçait souverainement ses droits et ses devoirs de citoyen que l'évolution de la société inquiétait. Nous savons qu'il a enseigné des disciplines scientifiques avec finesse et ferveur mais nous savons aussi que ses intérêts, son savoir revêtaient des dimensions encyclopédiques. L'histoire, un exemple, le passionnait. Celle à laquelle il convient de faire référence pour ne pas se perdre dans le dédale de la mondialisation. Mais aussi l'histoire de son univers proche, de ses sources familiales, de ses mouvements de pensée. Songeons aux études qu'il a menées de l'institution « École normale », citons ses pages sur la « Belle équipe » dont il fut le membre et l'historiographe. Pas nostalgique, Fernand, ah non ! Juste rigoureux, scrupuleux, ferme sur les prix, viscéralement attaché à des principes moraux qui l'ont conduit très tôt, devenu enseignant, à militer au sein des Œuvres Laïques du département : P.E.P, O.C.C.E, mouvements mutualistes comme la M.G.E.N où sa sagesse, son dévouement étaient appréciés. Il a parlé de la solidarité avec le sourire, des Droits de l'Homme avec confiance, de la laïcité sans emportement, de son Ardèche sans condition et de Jean Ferrat sans désespoir.
Aucun de ceux qui l'ont connu ne peut oublier son regard clair, son sourire mobile, son parler calme, son articulation parfaite, sa chaleur humaine exceptionnelle. Mais quand l'Homme est entré dans notre conscience et dans notre cœur, alors nos mots éprouvent tristement leurs limites, par exemple pour dire à Michèle, son épouse, à tous les siens, la part que nous prenons de leur peine.
A celui qui le quittait pour un long voyage, la poétesse Desbordes-Valmore demandait notamment : « N'écris pas » cette supplique résonne comme une invite à faire silence pour garder plus intimement en nous l'image de celui qui est et qui restera « Notre Fernand ».
Robert Coudert Promotion 1951-1955
Article publié dans le numéro de septembre-octobre 2016 du mensuel ENVOL, journal de la F.O.L de l'Ardèche.