Recherche et échange de témoignages sur une institution aujourd'hui disparue : l'Ecole Normale d'Instituteurs (ou d'Institutrices)
Au cours de la première année à l'E.N.I. de Privas on faisait imprimer une carte sur laquelle figuraient les noms et prénoms des élèves de la promotion, des illustrations, et quelques lignes, (très souvent des vers), écrits par un d'entre-eux. Le texte et les dessins devaient être en rapport avec le nom que la promo s'était choisi.
Cette carte était destinée à être offerte en priorité à sa « famille » normalienne, à savoir à ceux et à celles qui, dans les années précédentes, avaient été reçus au concours au même rang que soi. Il fallait aussi en prévoir suffisamment pour les générations futures... D'autre part, le Directeur de l'établissement et chacun de nos profs en recevaient un exemplaire signé par tous.
Notre promotion s'appelait « Le joyeux équipage ».:
Comment ce nom fut-il choisi? Je ne m'en souviens plus. Je pense qu'il reflète l'idée que
nous nous faisions de notre passage à l'EN : une traversée plus ou moins difficile vers des rives inconnues. Il véhicule aussi une notion de solidarité et d'interdépendance. Quelques années plus tard le bateau aurait pu s'appeler « les copains d'abord. »
On demanda à Marcel, chez qui nous avions discerné un talent de poète, de composer quelques vers et c'est moi qui fut chargé de l'illustration, non parce que j'étais doué en dessin, mais parce que j'avais suggéré l'idée fort banale d'un navire s'éloignant d'un rivage pour voguer, vent en poupe, vers un horizon radieux...
Le thème d'une lente et pénible progression vers un sommet n'est guère plus original. C'était celui qu'avaient retenu nos « camarades filles » (comme disait notre prof de math) Elles avaient baptisé leur promo « En cordée ». Je suis sûr qu'elles pensaient avant tout à symboliser une élévation spirituelle, culturelle, ainsi que l'effort solidaire pour y parvenir, mais, rétrospectivement on ne peut s'empêcher d'évoquer le rôle des E.N.I. qui ont eu pendant longtemps servi d'ascenseur social pour un très grand nombre d'enfants d'origine modeste. Nombreux étaient les enfants d'employés, d'ouviers, de paysans qui en préparaient le concours d'entrée à l'issue quatre ou cinq ans d'études dans un Cours Complémentaire.
Gil